Jyvais sur le Web

1.9.08

DIFFERENCE

L'arbre lance sa flamme haute
et son superbe jaune d'or
étincelle dans le jour gris
parure baroque, isolée.

Prodigieux élan de couleur,
si dru,
si cru,
si appuyé
qu'il se signale à l'attention
de façon presque
tapageuse.

Ni trop pâle ni trop foncé
jaune absolu
sans compromis
jaune épais, digne d'un tableau,
jaune resplendissant,
violent.

L'arbre se veut contraste aigu,
dernier défi arrogant
de vie bientôt mise en sommeil.

L'arbre est tout seul, autour de lui
les teintes sont devenues
ternes,
elles ont baissé pavillon;
fondues dans le même magma
flou, morne, elles ont renoncé
et parmi leur effacement
résigné
l'axe d'or ardent
continue de tonitruer,
de trompeter
sa différence !

Comment ne pas le saluer ?


Patricia Laranco.


29.8.08

lu sur L'Envol (août 2008)

POESIE ET ENGAGEMENT.

Qu’en est-il du rapport du poète avec les problèmes contemporains ?

Le poète peut-il se permettre encore de rester dans sa « tour d’ivoire », dans sa « bulle » ?

Dans le Tiers-Monde (en particulier, je pense à L’Amérique latine, mais aussi au monde arabe, que ce soit du Machrek ou du Maghreb, et à l’Afrique noire), poésie, littérature riment souvent, encore, avec engagement.

La poésie, dit-on fréquemment, est une affaire de CŒUR, d’humanisme. Elle a , en tout cas, partie liée avec la sensibilité, l’empathie.

Cependant, l’Occident enferme la poésie dans des « lieux d’élite » de plus en plus coupés du réel et de toutes les agonies humaines, dérangeantes. Dans des chapelles aseptisées, sur lesquelles la société est sensée ne pas avoir prise. Dans des sortes de « limbes » qui seraient le domaine propre – et intouchable - de la Poésie, hyper idéalisée (comme l’étaient les Idées de la caverne de Platon).

Depuis le surréalisme et l’après-guerre, la poésie européenne semble percevoir l’engagement comme une sorte de faiblesse, de détournement malvenu de l’idéal poétique. Est-ce l’effet d’une longue période de paix continentale et civile à l’échelle de chaque pays, de prospérité vouée à l’embourgeoisement des contrées, au raz-de-marée des classes moyennes repues ?

Le poète, dans le sillage de Rimbaud, ou d’Arthaud, clame souvent à qui veut l’entendre qu’il est, par excellence, un anarchiste, un révolté, un marginal, et une homme libre, donc un « pousseur de coups de gueule ». Les exemples abondent : retenons, en particulier, Jacques Simonomis. Pour Jacques Simonomis, la « marginalité » n’était pas que pause. Elle résultait d’une sincérité quasi « tripale » d’écorché vif.

Mais, pour un Simonomis à l’œil aiguisé, combien de poètes dont le confort de vie occidental, le ronron ont émoussé les réflexes ?

Depuis la chute du Mur de Berlin, l’on ne croit plus, en Occident, à l’engagement. Le « monde libre et démocratique », dans un accès d’autosatisfaction, s’est persuadé qu’il n’y a de salut qu’en le capitalisme.. Que le Tiers-Monde demeuré incompréhensible, l’avait déçu.

Et puis…il y a l’engluement, l’endormissement dans un style de vie protégé.

Après tout, l’Occident, l’Europe sont une sorte d’îlot de privilèges.

Hormis les « îles à vacances », on a appris à craindre le Tiers-Monde. Indifférence de l’individualisme exacerbé, crispation xénophobe ont joué de concert…comme quoi le poète est, comme tout un chacun, l’otage de sa société.

Que faire, à présent, pour sortir le poète d’occident de son confort bourgeois ? Que faire, pour qu’il se rende compte que sa conception de la poésie est un luxe ?

Suffirait-il de le balader – plus ou moins de force – dans les cités où le spectre de la pauvreté et son logique, indispensable corollaire, la colère, rôdent ? Suffirait-il à le contraindre à tomber nez à nez avec le S.D.F ou, sans aller si loin, le « nouveau pauvre » ?

Il faut être logique : tôt ou tard, la logique somme de choisir.

Soit l’on est un bourgeois, un nanti qui, en tant que tel, cherche à fuir tout « problème », un privilégié tenu loin de tout et se réfugiant (c’est commode ! ) dans les limbes de la poésie et des incantations pacifistes aseptisées et nébuleuses (c’est non moins commode !), soit l’on est un poète, un vrai, c’est à dire un poète de cœur. Un créatif. Qui bouscule l’Ordre. Un éternel adolescent en rupture de ban, assoiffé de justice et désireux, plus que tout, de « changer le monde », d’ « envoyer un coup de pied dans la fourmilière ».

Poètes, certes, sont Pablo Neruda, Aimé Césaire, ou Umar Timol*.

Poètes…parce l’exigence de style, sans le courage, les tripes, n’est pas grand chose.

Le 30/05/2008.

Patricia Laranco, poétesse et critique littéraire franco-mauricienne.

* Umar Timol est un poète mauricien, d’ascendance indo-mauricienne, qui dit ce qu’il a à dire.

Arkangele@aol.com

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18.8.08

Un recueil collectif sur MAI 68

La Poésie est dans la rue
Ouvrage Collectif
Poésie - Société / Politique - 101 Poèmes
ISBN : 9782841097333 - 254 pages - Format : 120 x 170
Paru le 25-05-2008 - Disponible
15 €

101 poèmes protestaires pour aujourd'hui
À l’occasion du 40e anniversaire de Mai 68, les éditions Le Temps des Cerises ont décidé de publier une anthologie de la poésie protestataire. Contrairement à une idée trop souvent répandue, les poètes vivant en France aujourd’hui ne sont ni dans un laboratoire coupé du monde, ni dans une tour d’ivoire. Ils réagissent, avec leurs mots, leur sensibilité et leur intelligence, aux problèmes du monde et de la société.
Y. Béal - C. Adelen - O. Apert - A. Appercelle - B. Ascal - A. Benedetto - C. Ber - G. Bloncourt - D. Bouchery - Y. J. Bouin - P. Boulanger - Y. Bréal - T. Cabral - G. Cartier - S. Chaumet -F. Combes - F. Coulmin - A. Cretté - M. Cury - J. Darle - J. L. Despax - C. Dobzynski - B. Doucey - D. Dumortier - D. Fernandez Recatala - J. Gaucheron - J. L. Garcin - F. Geier - A. Guérin - G. Hassomeris - C. Laforêt - J. L’Anselme - P. Latour - F. Leclerc - Y. Le Men - M. al- Masri - J. L. Maxence - B. Mazo - M. Montoya - G. Noiret - J. Rancourt - T. Renard - J. Ros - J. Salesse - M. Urbanet - A. Velter - J. Viallon - M. Vincenot - L. Wasselin

10.8.08

Arman Méliès, chanson ou poésie ?


Découvrez Arman Méliès!



Vous avez bien sûr le droit de trouver ma question-titre complètement idiote : protestez vigoureusement s'il y a lieu !

Voici
maintenant la présentation de son album CASINO sur le Myspace de l'artiste. CASINO c'est bien son dernier album? Non! Il en prépare déjà un autre... (protestez encore pour ce commentaire)

Magicien. Ce n’est nullement un hasard si Arman Méliès s’est choisi, il y a déjà cinq ans, un nom d’artiste en forme de double hommage : Arman, pour l’excentrique peintre et sculpteur contemporain qui cassait des pianos avant de les coller sur des toiles de trois mètres sur quatre ; Méliès, pour le lunaire cinéaste pionnier, inventeur des premiers trucages. Car il y a un peu de tout cela dans les chansons d’Arman Méliès : un goût prononcé pour le fantasmagorique mélancolique et la féérie bizarre, une propension au romantisme étrange, à l’émotion irréelle.

On dit des Beach Boys qu’ils ont jadis inventé les symphonies de poche. C’est sans doute sur ces fondations-là qu’Arman a bâti peu à peu son œuvre, comme un puzzle harmonique aux pièces changeantes et sans cesse renouvelées, un collage de sons et de sens aux volutes aériennes. En deux albums, « Néons blancs et asphaltine » en 2004, puis, l’année d’après, « Les Tortures volontaires », Arman Méliès a imposé sa griffe sonore, à la fois onirique et cinématographique, ses textes aux détours altiers et lyriques, tout en suggestions baroques.

Pas étonnant que des artistes comme Dominique A ou Alain Bashung se soient entichés de ce curieux troubadour aux ardeurs exaltantes. Après avoir enregistré "Ivres" en duo avec l’auteur de « Osez Joséphine » (sur les "Tortures Volontaires") et l'avoir accompagné pour sa dernière tournée en date, Arman vient d’ailleurs d’écrire deux musiques de son prochain album. Décidemment, ces deux-là ne se quittent plus.

C’est fort de ces expériences enrichissantes qu’Arman Méliès propose aujourd’hui son troisième enregistrement studio. Sobrement intitulé « Casino », le disque, réalisé à Bruxelles par le fidèle Antoine Gaillet, renoue avec un format plus « chanson », tout en s’inscrivant dans une continuité artistique : on y retrouve l’univers Méliès, mais enrichi de cordes, cuivres, claviers, et batteries percutantes. Dix titres denses et drus, aux musiques et aux textes étroitement liés, comme un voyage dans l’imaginaire, ou une promenade nocturne sur la grève d’une station balnéaire abandonnée.

Sur la pochette du disque, illustrée comme d’habitude par le graphiste dadaïste Julien Pacaud, on voit des ballons rouges planant au-dessus d’un immeuble au futurisme rectiligne. C’est tout Arman Méliès, ça : un mélange de rêve et de rigueur, de fiction et de réalisme, de modernité et de classicisme. Dans le Casino d’Arman, il y a des tapis verts et des divas nostalgiques, des regrets et des espoirs, des soupirs et des sourires, de l’amour et du hasard. Le jeu de la vie.

27.8.07

POUR ELLE, un poème de melle A.

Elle avait retrouvé
Son petit collier
De perles au fond du jardin
Ses jolis bas noirs
Tout filés au petit matin

Mon Dieu qu’elle est bête !
Une pirouette
Et…
C’est quoi cette bru ?
Une ingénue.
C’est pas moi c’est lui
Qui a saccagé
Le si gros colis
Monsieur le postier
C’est loin les Etats Unis…

Un moutard et demi plus tard
Une course poursuite
Dans un taxi noir
Direction le carré de Trafalgar
Comme le temps passe vite

Mon Dieu qu’elle est bête !
Une pirouette
Et…
C’est quoi cette bru ?
Une ingénue.
Il n’est pas anglais
Mais bien français
Le si beau bébé
Monsieur le douanier
C’est l’heure d’embarquer…

Elle a quitté son île
Pour apprendre à voler
Dès la nuit tombée
En chemise de nuit
Glisser sur les tuiles

Mon Dieu qu’elle est bête !
Une pirouette
Et…
C’est quoi cette bru ?
Une ingénue.
Si elle n’écoute pas
Tu peux la taper
La si vilaine épousée
Monsieur le policier
C’est elle qui a commencé…

Elle a baissé les bras
Elle aurait dû se douter
Que ça finirait comme ça
Aimée d’un crustacé
Qu'elle est loin sa vallée

Mon Dieu qu’elle est bête !
Une pirouette
Et…
C’est quoi cette bru?
Une ingénue.
C’est gagné cette fois
Elle ne se réveillera pas
La si jeune condamnée
Monsieur le jardinier
C’est ici que vous l’enterrerez…

melle A

26.4.07

Poème d'enfant


Un poème de Loulou, quand elle avait 8 ans. Bonne lecture! 

Je suis une femme,
une femme simple
simple de douleur
Je suis un homme,
un homme de fierté
de fierté bien cachée

Je viens d'ici où là bas ?
Que j'aime cette terre là
Ce jour ci, cette terre là
Je viens d'ici où là bas ?

Seul tu es parti,
tu voulais bouger
tu n'en pouvais plus
Seul toi pouvais comprendre
Les autres ne pouvaient pas
Ne voulaient pas comprendre

Nous étions de l'autre coté
Dans le noir, une barrière de blanc
Le noir, le rouge, le manque, l'amour
cela est pareil c'est vrai quelle différence ?
L'absence et le manque d'amour (du paternel)

17.4.07

PRINCIPE GENERAL


Chanson : ET L'ADVERBE SE FIT CHER...


Il faut s'en tenir aux principes,

Comme disent les Allemands, principe allemand,

Principalement


Il faut dénoncer la combine,

Quand un général baratine,

Général ment,

Généralement !

9.4.07

CONCOURS D'IDEES : un poème de Dusucre


Que je m'envoie en l'air, mes airs mes airs des grands jours, deux trois verres, dans les refrains sourds... De minuit.


Que je me laisse aller, entre un deux trois pas, la plume sur le papier, Que j'en m'en habille et moi... Vol de nuit.


Que je fais sans ailes, elle et elle dans ma tête, se fait la bête et puis la belle, à peine l'encre se jette... Déjà parti.


J'inspire, j'inspire et redescend, reste elle et moi sans.

Un poème de Brother


La plus belle promesse d’amour est toujours une cage




La plus belle promesse d’amour
Est toujours une cage.
Aujourd’hui et demain
Envole-toi donc bel oiseau !
Déploie ton gracieux sourire d’ange,
Tes prunelles de feu,
Et saute les pages.
Les continents sont devenus
Barrière imaginaire
A peine imaginable,
Si mal esquissée.

L’amour, du seul réel
Se nourrit.
L’amour aussi est un supplice.
Je t’aime dans ma tête.
Mon corps en souffre.
Non tant de recevoir
Que de donner,
Car le Temps est comptable.

BROTHER (1981)

5.4.07

CONCOURS D'IDEES : la poésie


Sujet : la poésie inspire-t-elle ?

Vous envisagerez la question du point de vue du poète ou celui du lecteur, et l'exposerez sous la forme de votre choix (texte ou image).


Les rebelles pourront constester le sujet.


Les laconiques pourront répondre par oui, non ou autre.


Les grossiers laconiques remplaceront autre par un mot à leur image.


Les pessimistes répondront à cette question : la poésie expire-t-elle?

Les angoissés : la poésie aspire-t-elle?


Les paranos : ...conspire-t-elle?


Et si la poésie ne t'inspire pas, silence! Et respire...

2.4.07

Un poème de Lili du 59


Le soleil fait partie
De mon sommeil
Le noir fait quand à lui
Partie du soir
Et l'amour du jour...

L'histoire d'un soir
J'ai été plongée dans le noir
Telle une victoire
Je suis repartie plus forte
Par la grande porte.

28.11.06

LIBERTE CHERIE

La liberté des jambes et des mains
Quand ton esprit est arrêté, captif,
Et ne produit que soubresauts rétifs
Remettant joies et refus à demain,

La liberté d’aller et de venir
Courir en rond et s’agiter en vain,
Ou s’essouffler bardé de souvenirs,
Lourds sédatifs et ignobles venins,

Cette liberté-là n’est qu’illusoire.
Qui sommes-nous ? Des robots, des pantins,
Des forts en gueule et faibles en espoir,
La bouche emplie de verbeux baratins.

Ma liberté chérie est une dame
Aux yeux de braise, ignorant les injures.
Son cœur est fier, insoumise dans l’âme,
Sa parole est sucrée comme un fruit mûr.
LE PRISONNIER

Frères humains qui dehors enfermés
Vous croyez libres en actes et paroles
Tout entravés de vos illusions folles,

Chaînes occultes, aux maillons resserrés,
Pensez à nous en ces murs confinés
Où le soleil –ma foi- se fait discret.

Pensez à ceux dont les jours se dissipent
Au nom des lois, insensibles principes,
A mijoter d’insoucieux demains
Sans plus devoir trimer comme Romains.

Pensez à ceux que le jour présent lasse
Et se traînent ainsi, à coup d’hélas,
Se promettant, et à qui les entend,
De vivre mieux quand ils auront le temps.

Regardez-vous, frères, dans le miroir !
Vous attendez la retraite, la pause,
Et le délitement des jours moroses.

Vous confondez songeries et espoir.
Frères humains, la mort viendra trop tôt.
Mais chaque instant est une prairie verte
Si vous gardez vos esprits en alerte,
Et décidez de bien vivre aussitôt.

11.4.06


À

Ecrire, être lu, ce désir m'a pris d'un coup. Aux personnes que j'aime, trop à leur dire. Dire des choses ciselées et choisies. Ne pas bavarder, écrire. Et toi, je te parle avec mes mains et je veux que tes yeux déchiffrent. Trop pressé, je m'emballe.

Mon roman vient avec lenteur. Et toi, je veux te donner à lire. Demain c'est bien tard, c'est ce soir que je voudrais et je n'ai rien d'autre dans mes placards que des fonds de bouteille.

Une lettre? C'est parfois plus fort que la tendresse des mains et des bouches, c'est trop à recevoir.Mais tes yeux sauront lire des mots à l'encre invisible, des phrases écrites au citron qui, par la chaleur, prennent la couleur du sang. Ni silence, ni clin d'oeil : je ne serai pas l'auteur du crime d'oubli ou du forfait de vulgaire connivence.

J'ai sorti des poèmes du carton, qu'importe quand je les ai écrits, je les donne pour ce qu'ils disent là.

Je ne mets pas les dates, les noms des filles, des villes ; je bouge des mots, j'en retranche, j'en trouve d'autres. Je les assemble selon le coeur et l'esprit du moment. Car j'ai quarante ans, je veux vivre, caresser, boire, chanter, gueuler. Qu'une nuit, par hasard, l'amour me saute dessus, peut-être. Le seul moyen c'est vivre, alors il faut.

Mais franchement j'ai trop peur de la mort pour faire un recueil de mes vieux textes, respectant la chronologie et fidèle aux mots d'hier : j'aurais l'impression de préparer un livre posthume et ça m'angoisserait.

JV
ART POETIQUE

Je voudrais découper le bi-hexamétrique
En deux morceaux égaux (en deux égaux morceaux),
Dussais-je me vautrer dans l'art dithyrambique
Comme porcin, cochon, porc, truie, goret, pourceau !
La langueur hépatique à l'Alexandrin vint
Donner une colique, il se cassa en trois
Segments brisés ; Victor Hugo en fut le roi.
Mais il advint
Qu'un sot rimeur
Voulut occire
Cette splendeur, oyez Messires :
Mon arrière-grand-mère, Maman coupe-menu,
Assise le ciseau saisissant le tissu
Coupe, coupe et...ouilla!
Je n'ai jamais su couper droit, adieu mes draps.
Et coupe et coupe revoilà
Qautre torchons pour un drap,
Ratés, ma foi.
Un mouchoir mon garçon?
Et jamais ne riait
Ni chien
Ni voisin
Ni visiteur,
Ni garde champètre,
Ni parent éloigné.
Pourquoi cette folie
De découper la poésie
En hexa six, octo huit,
Et le rejet, tiens, pour boucher les fuites!
Coupe, mon gars,
Mais en pensant
Qu'au lieu de draps
C'est de l'encens,
Ferment d'argent,
L'enfant-vent
Du temps.
On ne se couche pas dans l'Alexandrin.
On n'essuie pas dans l'octo ses deux mains.Mais je me mouche dans la boucherDes poètes malhonnêtes !
Répète!
JV

LE HIC
Le chien métalique
Le vieux et sa chique
Et le mur de briques
De la basilique
Le fou et sa clique
La banque et le fric
Le sifflet du flic
Dupont-la-panique
Et Ducon-la-trique
Chacun se rapplique
Avec sa colique
La vie est plus chic
Et moins mécanique
A la Martinique
Ou sous les Tropiques
JV


Tes silences sont des paroles comme les autres
Paroles de chats
Silences chiffrés chiffonnés
Silences à pas feutrés
Coups de pattes coups de griffes
Dans le corps des phrases
Silences qui marquent la peau.


JV


L'ARAIGNEE

Puis les dernières vapeurs
Alcools tabac
Diffuse amère saveur
Dans mon hamac
Des réseaux de fumées froides
Entrelacées
Mes doigts se dissipent roides
Bleus et dressés
La chair tendre glisse molle
Da,ns le ruisseau
Chaudes sanguines rigoles
Sur le berceau
Comme un nouveau-né qui geint
dans ce sabbat
Tétant de monstrueux seins
Pulpeux et gras
L'aragnée dans la console
De ses filets
Apprète ses casseraoles
Sous le gibet
L'araignée comme un fauteuil
Articulé
Grossit grossit à vue d'oeil
J'ai calculé
J'ai calculé le volume
Et le diamètre
Où le sang gicle et parfume
A plus d'un mète
Trois araignées sur un fil
Sacré trio
Qui se roule et se défile
Comme un yo-yo
Regarde là quoi détale
Sous le lustre
Au plafond de platre pâle
Hiideux frustre
L'araignée est-elle plus grosse
Qu'un micron
Qui grignote les idées fausses
Sur mon front
Dieu fou que mes pieds se glacent
Contre le mur
Pour que le voisin d'en face
S'esclaffe et jure
Que la voisine coquette
Mais si dévote
Accueille enfin ma requête
Dans sa candeur
Que Jésus de Nazareth
Mystique enfant
Entreprenne la conquête
Des bons vivants
Que l'ignoble Belzébuth
Qui ricane
Vous entraîne et je dis zut
Au profane
Que ressuscietent les Morts
Emmitouflés
Que nous décrivent leur sort
Tous les damnés
Les marchands de bicyclette
Sont des salauds
Qui torturent en cachette
Vos boyaux
Laissez dire les savants
Et les farceurs
Les mitrons les charlatans
Les docteurs
Tant j'aime les religieuses
Que les babas
Et l'ardeur industrieuse
Des grands débats
Mais priez le ciel se gâte
Notre père
Pisse en soulevant la patte
Des ampères
Priez les impies s'échappent
Des prisons
Regardez la Vierge attrape
Des poissons.
JV